L’équipe de France est éliminée de l’Euro 2012 sans gloire et logiquement. Pas de fond de jeu, pas d’envie, pas de grinta, au fil des matchs de poule, rien ne laissait espérer quelque chose. Et puis il y a eu l’attitude des joueurs. Pas de grève cette fois mais des insultes encore. A l’entraineur et aux journalistes. Au guide de l’équipe et au public.
Samir Nasri est dans l’oeil du cyclone. D’abord parce qu’il a dit « ferme ta gueule » à un journaliste et surtout il a remis ça hier soir en zone mixte. Un journaliste de l’AFP lui a demandé «un mot» sur la défaite des Bleus et leur élimination de l’Euro, Nasri s’est rapidement énervé. «Non, de toute façon, vous cherchez toujours la m…, vous écrivez de la m…». Selon plusieurs témoins de la scène, le journaliste s’est alors emporté à son tour et lui a répliqué «Alors casse-toi.» «Viens, on va régler ça là-bas», lui répond du tac au tac le joueur qui lâche ensuite une flopée d’insultes. «Va te faire enculer, va niquer ta mère. Tu veux qu’on s’explique ? Fils de pute Comme ça tu pourras dire que je suis mal élevé !». Le petit prince de Marseille nous fait honte mais ses partisans mettent en avant son esprit de rébellion et glorifie une attitude de quelqu’un à qui on ne donne pas de leçon. Rebelle Nasri? Non. Tout juste un capricieux et un égoïste.
Car c’est quoi un vrai rebelle dans le football? Le dernier documentaire de Gilles Rof et Gilles Pérez, à qui l’on doit le mythique »OM A Jamais les Premiers », nous donnent une partie de la réponse au travers de 5 portraits de footballeurs magnifiquement tournés. Le rebelle, c’est Didier Drogba, qui oublie un temps qui il est sous contrat avec Chelsea et plein de sponsors et qui prend position politiquement pour la paix en Côte d’Ivoire, son pays alors la proie d’une guerre civile entre le Nord et le Sud. Didier Drogba, star planétaire, profite de la qualification de la sélection ivoirienne pour la Coupe du Monde 2006 pour demander publiquement aux Ivoiriens de se pardonner mutuellement et de déposer les armes. Le footballeur n’est pas enfermé dans sa bulle. Drogba se rebelle et met tout son poids de star du football pour que les hommes politiques de son pays arrêtent la guerre. Du jamais vu.
Le football comme bouclier anti-dictature
Le rebelle c’est Carlos Caszely, superstar chilienne de la fin des années 70. Quintuple champion du Chili, meilleur joueur de l’histoire du Chili avec Zamorano et Salas, Carlos Caszely, le sportif, qui prend position contre la dictature de Pinochet. Parce qu’il n’en peut plus d’entendre ses amis et ses proches avoir peur du pouvoir politique. Le Chili doit vivre libre. Caszely le dit. Il se fait le porte-voix des sans-voix. En représailles, Pinochet fait torturer sa mère. La souffrance et les traces de cet acte inhumain sont encore vivaces aujourd’hui mais Caszely ne regrette pas son engagement politique. « Il fallait le faire, nous confie-t-il, c’était impossible de faire autrement. Je ne pouvais pas admettre que mon pays, le Chili, ne connaisse pas l’amour et la fraternité« . Le football devient une arme politique pour abattre les dictateurs.
Que dire de Sócrates, du docteur Sócrates? Ce génial brésilien aux longues jambes qui, avec son club des Corinthians, va prendre fait et cause pour l’organisation d’élections libres dans le Brésil du début des années 80, alors soumis à une dictature militaire. Avec ses potes de club, Sócrates brandit ostensiblement des messages politiques sur le maillot du club et ira jusqu’à déployer une banderole à l’occasion de la finale de la Coupe du Brésil : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie ». Tant pis pour sa carrière sportive qui aurait pu se poursuivre dans le championnat italien, tant pis pour l’argent qu’il manquera de gagner, Sócrates veut d’abord que son pays vive librement.
De vrais rebelles oubliés

Gilles Rof et Gilles Pérez, avec Eric Cantona comme lien entre tous ces portraits, donnent aussi à voir l’histoire de Rachid Mekhloufi, joueur virevoltant de l’AS Saint-Etienne des années 60, qui, du jour au lendemain, abandonne son contrat et la France pour participer comme 9 autres joueurs à l’aventure de l’équipe du FLN Algérien. Un prélude à l’indépendance de l’Algérie. L’appel de la patrie est plus fort que l’argent et la tranquillité de star. Le cinquième rebelle c’est Predrag Pašić, ancien footballeur Yougoslave, qui refuse de quitter sa ville Sarajevo alors bombardée pour un doux refuge allemand. Au contraire, il va ouvrir une école de football pour éviter aux gamins de Sarajevo de trop penser aux balles des snipers et aux bombes. Et à la mort qui rôde dans les rues de Sarajevo.
« Les rebelles du foot » nous réconcilie avec le football. Non les footballeurs ne sont pas tous des Nasri, indignes et insultants. Ce film, d’une efficacité redoutable dans sa démonstration, nous montre qu’on peut être footeux et conscient de l’environnement politique, être star du ballon et citoyen. Le foot est d’une affaire d’Homme. Pour le pire et parfois pour le meilleur.
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Diffusé le dimanche 15 juillet à 20h40 sur Arte
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Mais on en remettra une couche!